Bouche (nom féminin, subst. féminin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom féminin 

XI e siècle, buce ; XII e siècle, boche. Du latin bucca, « joue gonflée », puis, par extension, « », dans la langue familière.

I. Chez l'homme, partie initiale de l'appareil digestif et partie du système respiratoire et vocal.
1. Ouverture placée au bas du visage et bordée par les lèvres. Ouvrir, fermer la . Un bain de . Il a toujours la pipe à la . Par méton. Les lèvres. Une bien dessinée. Une jolie . Un baiser sur la . S'embrasser à pleine . Une expressive, sensuelle, dédaigneuse, méprisante. Expr. fam. Avoir la en cul de poule, avoir des lèvres pincées et arrondies. Faire la en cul de poule, arrondir ses lèvres et, fig., faire des grâces, minauder. Fig. Avoir, faire la en cœur, affecter l'affabilité, l'intérêt, la bonne grâce.
2. La , en tant qu'organe destiné à recevoir les aliments. Porter quelque chose à la . Mettre un morceau de pain, de viande dans sa . Ne parle pas la pleine ! Dépense de , dépense que l'on fait pour la nourriture. Provisions de , réserve de nourriture ; en-cas. Emporter des provisions de . Anciennt. Le service de la ou, ellipt., la , les divers offices chargés de préparer les repas du roi. Les officiers de . Par méton. Personne dont on doit assurer la nourriture, les besoins. Il a six s à nourrir. Péj. Une inutile, une personne qui consomme sans produire, sans contribuer au bien commun. Expr. fig. À que veux-tu, avec profusion (vieilli) ; librement, sans retenue. Traiter quelqu'un à que veux-tu, le recevoir en ne regardant pas à la dépense. S'embrasser à que veux-tu. Parler, bavarder à que veux-tu. Fam. Ôter le pain de la à quelqu'un, lui retirer ses moyens de subsistance. On dirait qu'on t'enlève le pain de la . S'ôter le pain de la (vieilli), se priver du nécessaire par avarice ou pour secourir quelqu'un.
3. La , en tant qu'organe du goût. Avoir la amère, mauvaise, éprouver une sensation d'amertume, de sècheresse. Cela rend la sèche, pâteuse. Cette sauce vous emporte la , elle est trop épicée. Par méton. Une fine , un gourmet. Expr. Faire bonne (vieilli), laisser un goût agréable. Cette liqueur fait bonne . Rester sur la bonne (vieilli), cesser de manger ou de boire après qu'on a mangé ou bu quelque chose qui flatte le goût et, fig., s'arrêter après quelque chose d'agréable, dans la crainte d'un changement, d'un retour fâcheux. Ne me dites plus rien, je préfère rester sur la bonne . Garder pour la bonne , réserver le meilleur pour la fin et, fig., le plus intéressant, le plus surprenant. Voici, pour la bonne , une nouvelle qui vous réjouira. Cela fait venir l'eau à la , se dit de ce qui est agréable au goût et dont l'idée excite l'appétit quand on en parle ou qu'on en entend parler et, fig., de ce qui excite l'intérêt, la curiosité. Vos promesses me font venir l'eau à la . Fig. Faire la fine , la petite , se montrer très difficile dans le choix des mets et, par ext., se montrer dédaigneux, manquer d'enthousiasme. Fam. Être porté sur la , être gourmand, penser essentiellement à manger.
4. La , en tant qu'organe servant à la respiration. Expirez par la ! Il respire par la parce que son nez est obstrué. Bouche-à-bouche, voir ce mot.
5. La , en tant qu'organe de la voix et de la parole. Je l'ai appris de sa propre . Il n'a pas ouvert la de toute la soirée. Il n'osait ouvrir la devant eux. Il n'ouvre la que pour dire des sottises. On recueillait jusqu'aux moindres paroles qui sortaient de sa . Dieu a parlé par la de ses prophètes. Expr. Fermer la à quelqu'un, le faire taire d'autorité ou par un argument péremptoire. Je ne souffrirai pas son insolence et je lui fermerai la . Cette dernière réplique lui a fermé la . Le respect me ferme la , m'interdit de répondre. Être, rester bée, voir . Bouche close ! (vieilli) et, fam., Motus et cousue ! ou Bouche cousue ! ordre intimant le silence et le secret. Ta ! (pop.) tais-toi ! Avoir toujours un mot à la , le répéter continuellement. Argent, argent, il n'a que ce mot à la . Avoir sans cesse l'injure à la . Avoir la pleine, avoir plein la d'un sujet (fam.), en parler continuellement et avec délectation. Ce mot semble lui écorcher la , il le dit avec répugnance. Transmettre de à oreille, en secret, d'une personne à une autre. Aller, passer de en , se dit de ce qui devient public, de ce qui court et se transmet d'une personne à une autre par le moyen de la parole. Son nom volait de en . Cette nouvelle est dans toutes les s, tout le monde en parle. Son nom est dans toutes les s, sur toutes les s. Litt. La déesse aux cent s, la Renommée. Loc. Un saint Jean Bouche d'or, par allusion à saint Jean Chrysostome, un homme qui parle toujours avec franchise et sans ménagement ; un homme qui parle avec éloquence. Prov. La vérité sort de la des enfants.

II. Par ext. Cavité buccale de quelques bêtes de selle, de somme et d'attelage. La d'un cheval, d'un âne, d'un mulet. Ce cheval a la dure, n'a point de , il n'obéit pas au mors. En parlant des poissons et de certains animaux, orifice initial du tube digestif. Une de carpe, de saumon, de grenouille.

III. Par anal. Ouverture, orifice. La d'un volcan, d'un four. La d'un puits, d'une cheminée. Bouche d'égout, ouverture recevant l'eau des caniveaux. Bouche d'eau. Bouche d'arrosage, gros robinet auquel on peut adapter un appareil d'arrosage. Bouche d'incendie, vanne à laquelle les pompiers peuvent raccorder leurs tuyaux en cas d'incendie. . La d'un pistolet. La d'un canon. Bouche à feu, toute pièce d'artillerie.

Bouche de chaleur, ouverture distribuant l'air chaud d'un chauffage central
Une d'aération.


Bouche de métro, ouverture pratiquée dans un trottoir et donnant accès à une station de métro souterraine.

Au pluriel
Embouchure par où un grand fleuve se jette dans la mer. Les s du Danube. Les s du Nil. Les s du Gange. Le département des Bouches-du-Rhône.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Orifice du visage de l'homme considéré comme organe de la respiration par où sort la voix et par où se reçoivent les aliments. "Ouvrir, fermer la . Le sang lui sortait par le nez et par la . Se rincer la . Avoir du mal dans la . Avoir la saine. Il sent mauvais de la . Il a toujours la pipe à la ."
Il se dit particulièrement de Cet orifice considéré comme organe de la voix et de la parole. "On recueillait jusqu'aux moindres paroles qui sortaient de sa . Dieu a parlé par la de ses Prophètes. La vérité sort de la des enfants. Je l'ai appris de sa propre . Il n'ouvrit pas la de toute la soirée. Il n'osait ouvrir la devant eux. Rester close. Son coeur n'était point d'accord avec sa . Les discours qu'un poète met dans la de son héros."
Fig., "Fermer la à quelqu'un," Le faire taire d'autorité ou le réduire à ne savoir que répondre. "Je ne souffrirai point qu'il s'oublie devant moi et je lui fermerai la . Cette raison, cet argument lui ferma la ." On dit aussi "Le respect me ferme la ," Le respect m'interdit de répondre, de parler.
"Être, demeurer béante," Être, rester étonné, très attentif, etc. "Ils l'écoutaient tous la béante, béante." On dit maintenant "Rester bée."
"Avoir toujours quelque chose à la ." Le répéter, l'employer continuellement. "C'est un mot qu'il a toujours à la . Avoir sans cesse l'injure à la ."
Elliptiq., "Bouche close," Locution par laquelle on avertit qu'il faut garder le secret sur l'affaire dont il s'agit. On dit de même, figurément et familièrement, "Bouche cousue."
"Aller, passer, etc., de en ," se dit de Ce qui devient public, de ce qui court et se transmet d'une personne à une autre par le moyen de la parole. "Cette nouvelle va de en . Son nom volait de en ." On dit à peu près de même "Cette nouvelle est dans toutes les s. Son nom est dans toutes les s, etc."
Poétiq., "La déesse aux cent s," La Renommée.
Fam., "C'est saint Jean d'or, un saint Jean d'or," C'est un homme qui dit toujours sa pensée avec franchise et sans ménagement.
Il se dit aussi de cet Orifice considéré particulièrement comme destiné à recevoir et à goûter les aliments. "Avoir la pleine. Porter quelque chose à sa . Mettre un morceau de pain, un morceau de viande dans sa . Cela laisse à la un goût fort agréable. Provisions, munitions de ."
Fam., que veux-tu," Avec profusion, en n'épargnant rien.
"Avoir la amère, sèche, mauvaise, pâteuse, etc.," Y éprouver une sensation d'amertume, de sécheresse, etc. On dit de même "Cela rend la amère, pâteuse, etc."
"Faire bonne " se dit de Ce qui laisse un bon goût à la . "Cette liqueur fait bonne ."
Fam., "Laisser quelqu'un sur la bonne ," Terminer le repas qu'on lui donne par quelque chose d'exquis, et, figurément, Le laisser avec quelque espérance flatteuse ou avec quelque pensée agréable.
Fig., "Rester, demeurer sur la bonne ," Cesser de manger ou de boire, après qu'on a bu ou mangé quelque chose qui flatte le goût. Il signifie, dans un emploi plus figuré, S'arrêter après quelque chose d'agréable, dans la crainte d'un changement, d'un retour fâcheux.
Fam., "Garder quelque chose pour la bonne ," Réserver pour la fin quelque chose de très bon, d'agréable. Il se dit au propre et au figuré. Ironiquement, "Il la lui gardait pour la bonne ," se dit de Celui qui, après avoir fait plusieurs mauvais tours à quelqu'un, lui en fait un dernier plus sanglant que les autres.
Prov., "L'eau vient à la ; cela fait venir l"'"eau à la ," se dit d'une Chose agréable au goût et dont l'idée excite l'appétit quand on en parle ou qu'on en entend parler. Cela se dit aussi figurément de Tout ce qui peut exciter les désirs. "Ce que vous avez dit sur les avantages de cette entreprise lui a fait venir l'eau à la ."
Fig., "Prendre sur sa ," Épargner sur la dépense de sa nourriture. "Il prend sur sa les charités qu'il fait."
Fig. et fam., "S'ôter les morceaux de la ," Se priver du nécessaire pour secourir ou obliger quelqu'un.
Fig. et pop., "Être sur sa , être porté sur sa ," Être gourmand.
"La dépense de ," La dépense qu'on fait pour la nourriture.
"Les officiers de la ," ou absolument "La ," s'est dit des Officiers qui apprêtaient à manger pour le roi. On a dit dans un sens analogue "Le service de la ." Les offices mêmes où l'on apprêtait à manger pour le roi s'appelaient également "La bouche."
Il se dit aussi des Personnes mêmes, par rapport à la nourriture qu'elles consomment. "Il a tous les jours dix s à nourrir. Les vivres commençant à manquer dans la place, on en fit sortir toutes les s inutiles," Toutes les personnes qui consommaient une partie des vivres sans être capables de contribuer à la défense.
Il désigne quelquefois la Conformation ou la Partie extérieure de la . "Avoir une grande , une jolie . Baiser à la , sur la . Sa me souriait. Les coins de la ."
Fig., "Faire la petite ," Faire le difficile, le dégoûté, le dédaigneux sur quelque chose.
Fam., "Faire la en coeur," Donner à sa une forme mignarde, affectée. Il signifie figurément Manifester une amabilité extrême et affectée.
Il se dit encore en parlant des Chevaux et de quelques autres bêtes de somme et d'attelage. "La d'un cheval, d'un mulet, d'un âne."
"Ce cheval est fort en , il n'a point de ," Il n'obéit point au mors; et "Il n'a ni , ni éperon," Il est fort en et dur à l'éperon.
Il se dit aussi en parlant de Certains poissons, des grenouilles et de certains autres animaux, etc. "Bouche de saumon, de carpe."
Il se dit, par analogie, de Plusieurs sortes d'ouvertures. "La d'un volcan, d'un four, d'un tuyau, d'un puits, d'un égout, etc. La d'un canon, d'un mortier."
"Bouche à feu" est le terme générique par lequel on désigne les Canons, mortiers, obusiers, etc. "Il y avait tant de s à feu."
"Bouche de chaleur," Ouverture pratiquée sur les côtés d'une cheminée, d'un poêle ou sur le parcours d'un calorifère, pour donner passage à l'air chaud.
"Bouche d'eau, Bouche d'arrosage," Ouverture pratiquée dans une conduite d'eau et à laquelle on peut adapter un appareil d'arrosage.
"Bouche d'incendie," Ouverture pratiquée dans une conduite d'eau pour servir à l'alimentation des pompes ou des tuyaux en cas d'incendie.
Il se dit encore, surtout au pluriel, des Embouchures par où de grands fleuves se déchargent dans la mer. "Les s du Nil. Les s du Danube. Les s du Gange. Le département des Bouches-du-Rhône."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Cavité située à la face et par où les aliments sont introduits dans le corps. Mettre à quelqu'un les morceaux à la . Emplir la . Porter une coupe à sa . Une fendue jusqu'aux oreilles. Ouvrir la . La ouverte. Bouche amère. Bouche sèche.
FONTEN.: « David reproche aux païens des dieux qui ont une et n'ont point de parole »
BÉRANG.: « La pleine, osez-vous bien Chanter l'amour qui vit de rien ? »
    Faire venir l'eau à la , se dit d'un aliment appétissant, qui en effet fait venir la salive à la ; et, au figuré, de toute espérance qui nous flatte.
LA FONT.: « L'eau leur vient à la »
    Bonne , saveur agréable dans la . Cela fait ou donne bonne . Laisser quelqu'un sur la bonne , le laisser sur quelque chose de bon ou d'agréable.
MOL.: « Vous n'en tâterez plus et je vous laisse sur la bonne »
    Garder pour la bonne ou pour faire bonne , réserver pour la fin ce qu'on croit être le meilleur ou le plus agréable. Cela est ainsi dit à cause des douceurs que l'on met sur la table au dessert.
    Avoir mauvaise , avoir un mauvais goût dans la . L'excès de la boisson donne mauvaise .
    Au figuré, demeurer sur la mauvaise , rester avec un échec, un affront, etc.
SAINT-SIMON: « L'empereur [d'Autriche], fort embarrassé des avantages que les Turcs avaient remportés, ne voulait point de paix sur la mauvaise »
SAINT-SIMON: « M. le duc d'Orléans ne voulait pas demeurer sur sa mauvaise d'Italie, et voyait peu d'apparence d'y faire rentrer son armée »
    Flux de , abondance inaccoutumée de salive ; et figurément, bavardage ; on dit présentement d'ordinaire flux de paroles.
    Familièrement. Manger de la viande de broc en , aussitôt qu'on l'a tirée de la broche.

 2   Partie extérieure de la , les coins et les lèvres. Il avait le sourire sur la . Une pincée, une à lèvres minces et qui se tient fermée.
    Faire la petite , serrer les lèvres pour paraître avoir une petite ; et, figurément, faire le difficile, le dédaigneux.
LA FONT.: « Faire ici de la petite Ne sert de rien »
SAINT-SIMON: « Les Pontchartrain ne firent pas la petite de l'honneur qu'ils recevaient »
    Fig. Faire la en coeur, faire des minauderies, affecter des manières doucereuses.

 3   La considérée comme organe de la parole. Parole bien digne de sortir de la d'un si grand homme. Je le tiens de sa propre . Dire tout ce qui vient à la . Le front, les yeux mentent souvent, et la plus souvent encore. La menace à la . Dire quelque chose de , non de coeur. Exercé dans la philosophie grecque qu'il ne professait que de . Ouvrir la , parler. Ne pas ouvrir la . Il n'en a pas ouvert la , il n'en a pas parlé. Être dans la de tout le monde, dans toutes les s. Ces mots sont, cette parole est dans la de tout le monde. Dire quelque chose de , le dire de vive voix, par opposition à par écrit.
RAC.: « De votre , ô ciel ! puis-je l'apprendre ? »
RAC.: « Jamais rien de plus vrai n'est sorti de ma »
RAC.: « Même le nom d'Esther est sorti de sa »
FÉN.: « Nous fûmes étonnés de la sagesse qui parlait par sa »
BOSSUET: « La sentence fut prononcée par la du prophète Élie »
VOLT.: « La obéit mal lorsque le coeur murmure »
RAC.: « Laissez parler, seigneur, des s plus timides »
PASC.: « Des satisfactions si sensibles, que je ne te les pourrai dire de »
J. J. ROUSS.: « Vous pourrez vous concerter avec lui de »
MOL.: « Que sais-je si le coeur a parlé par la ? »
MASS.: « Vous vous condamnez par votre propre »
RAC.: « Que mon coeur démentait ma à tout moment »
LA FONT.: « Mais d'en ouvrir la elle n'osa »
SÉV.: « Dès qu'il ouvrit la »
BOSSUET: « Les rois n'osent ouvrir la devant lui »
BOSSUET: « Alexandre vit dans la de tous les hommes, sans que sa gloire soit effacée ou diminuée depuis tant de siècles »
RAC.: « On me ferme la »
RAC.: « Ah ! l'on s'efforce en vain de me fermer la »
SÉV.: « Cela ferme la »
PASC.: « Vous fermerez la à tous ceux qui défendront la vérité »
PASC.: « Il a trouvé le secret de vous fermer la »
HAMILT.: « Elle avait de quoi fermer la aux médisants »
MOL.: « Cela ferme la à tout »
BOSSUET: « Il ferma la aux semi-pélagiens »
BOSSUET: « C'était leur fermer la par l'autorité du souverain »
BOSSUET: « Voilà une réponse qui ferme la »
    Elliptiquement. Bouche close, cousue, c'est-à-dire gardez le silence sur ce point.
MOL.: « Adieu ! cousue, au moins ! Gardez bien le secret, que le mari ne le sache pas ! »
    Avoir souvent un mot à la , le répéter sans cesse.
BOSSUET: « Nous avons sans cesse la paix à la »
BOSSUET: « Pourquoi a-t-il toujours à la qu'il faut mourir ? »
BOSSUET: « La parole de Dieu que nous avons toujours à la »
MASS.: « On a sans cesse l'État dans la »
CORN.: « Avoir toujours en angles, lignes, fossés »
CORN.: « Le blasphème à la »
MALH.: « Nous n'avons en la Que le nom de Marie et le nom de Louis »
    Aller, passer, voler de en , circuler rapidement dans le public, devenir célèbre.
DELAV.: « Ces mots : guerre aux tyrans, volent de en »
    Familièrement. Être fort en , parler avec hardiesse et même insolence.
    Avoir la pleine d'une chose, en parler avec emphase.
    La déesse aux cent s, la Renommée.
BOILEAU: « Le monstre composé de s et d'oreilles [la Renommée] »
    Dans sa , dans leur , selon lui, selon eux.
MOL.: « Le Tartuffe, dans leur , est une pièce qui offense la piété »
    Ouvrir la à quelqu'un, le faire parler.
CORN.: « Le vôtre [intérêt] toutefois m'ouvrira seul la »
    Le pape ouvre la aux cardinaux nouvellement créés, se dit de la cérémonie que le pape fait pour autoriser les cardinaux à parler dans les consistoires.
    Par extension, se dit des discours ou des écrits.
BOSSUET: « Le Saint-Esprit l'explique par la de saint Paul »
BOSSUET: « Les principes que l'antiquité nous a enseignés par la de saint Augustin »
    Avoir le coeur sur la , parler comme on pense.
ROTR.: « Mais moi qui suis sensible à tout ce qui vous touche, Qui, mauvais courtisan, ai le coeur sur la »
    Fig. À pleine , ouvertement.
BOSSUET: « Saint Clément expliquait à pleine leur apathie »
BOSSUET: « Jésus-Christ s'est expliqué à pleine »

 4   La considérée comme recevant les aliments. Provisions, munitions de .
J. J. ROUSS.: « Le moyen le plus convenable est de les mener [les enfants] par leur »
LA FONT.: « Friande assez pour la d'un roi »
    Prendre sur la , se retrancher de la nourriture par économie.
    Être sur sa , être gourmand.
    Être sujet à sa , même sens.
SCARRON: « ....Ma compagne de couche Fut, comme son papa, fort sujette à sa »
    S'ôter les morceaux de la , se priver de manger suffisamment, et, plus généralement, se priver du nécessaire. Il s'ôte les morceaux de la pour faire une petite pension à sa vieille mère.
    Les officiers, le service de la ou, simplement, la , les gens préposés au service de la table du roi.
BÉRANG.: « Servez, disais-je, à messieurs de la , Versez, versez, messieurs du gobelet »
    Avoir à cour ou en cour, avoir droit de manger à quelqu'une des tables chez le roi.
SAINT-SIMON: « Il fallut établir des tables [à Marly] comme à Versailles, pour le bas étage de ce qui y avait à cour »
    Familièrement. Traiter quelqu'un à que veux-tu, lui faire faire excellente chère ; et fig. Être à que veux-tu, avoir tout en abondance.
    Fig. Gourmand ou plutôt gourmet. Fine . C'est une fine .
    Personne à nourrir. On fit sortir de la place assiégée toutes les s inutiles.

 5   En parlant du cheval, on dit la . La est l'ensemble des parties sur lesquelles agit le mors. Bonne ou belle , celle qui reçoit du mors une impression modérée ; sensible ou tendre, celle qui souffre trop de l'action du mors ; égarée, celle qui présente ce défaut porté à l'extrême ; dure ou forte, celle qui résiste à la main du cavalier ; fraîche, celle qui écume lorsque l'animal est bridé. Bouche à pleine main, se dit d'un cheval qui a l'appui ferme sans peser, sans battre à la main. Bouche en action, se dit d'un cheval qui mâche son mors. Assurer la d'un cheval, l'accoutumer à souffrir le mors.
    Ce cheval est fort en , il n'obéit point au mors. Il n'a ni ni éperon, il est fort en et dur à l'éperon.
RÉGNIER: « Tout ainsi qu'un cheval qui a la forte »
    Fig. et familièrement. N'avoir ni ni éperon, être stupide et insensible.
FÉN.: « Bocchoris était comme un beau cheval qui n'a point de , son courage le poussait au hasard, et la sagesse ne modérait point sa valeur »
    On dit de même la d'un âne, d'un mulet, d'un chameau, d'un éléphant.
    En histoire naturelle, se dit, chez tous les animaux, de l'ouverture par où les aliments sont introduits, excepté chez ceux où elle a la forme de bec. uverture. La d'un volcan, d'un four, d'un canon. Bouche à feu, un canon, un mortier, un obusier, etc. Bouche de chaleur, ouverture pratiquée sur les côtés d'une cheminée, d'un poêle ou d'un mur, et qui sert à faire passer dans les appartements la chaleur d'une cheminée, d'un poêle ou d'un calorifère.

 6   Embouchure d'un fleuve. Les s du Nil.
FÉN.: « Je [le Gange] me rends par plusieurs s dans le sein des mers »
M. J. CHÉN.: « Jusqu'aux s du Tibre un vaisseau m'a conduit »
CORN.: « Vers la du fleuve ils ont osé paraître »

 7   En physiologie, s veineuses, s absorbantes, orifices qu'à l'époque où l'on ne connaissait pas encore la propriété physique d'endosmose, on avait supposées dans les membranes pour expliquer l'absorption des liquides mis en contact avec ces membranes.

 8   Terme de géologie. Bouche d'Éole, ouverture dans les montagnes, d'où sortent des vents très froids.

 9   Terme de féodalité. Un vassal doit la et les mains à son seigneur, c'est-à-dire, avec l'aveu de soumission, il met ses mains dans celles du seigneur.

 10   Terme de musique. Ouverture horizontale du bas d'un tuyau d'orgue.

 11   Terme de boulangerie. Tirer à la , attirer la braise vers la du four. Bouche de pain, la croûte de dessus.

 12   Terme de marine. Bouche ou bosson, rondeur des baux et tillacs, et de tout ce qui n'est ni plat ni uni.

PROVERBES
    C'est saint Jean d'or, un saint Jean d'or, c'est-à-dire, c'est un homme beau parleur et qui fait de belles promesses, et aussi c'est un homme qui dit toujours sa pensée avec franchise, par souvenir de saint Jean Chrysostome ou Bouche d'or.
    Il dit cela de , mais le coeur n'y touche ; il parle contre sa pensée.
    Il arrive beaucoup de choses entre la et le verre, c'est-à-dire il ne faut qu'un moment pour faire manquer une affaire par quelque accident imprévu.
    Gouverne ta selon ta bourse, c'est-à-dire ne fais pas pour ta table, et en général pour quoi que ce soit, plus de dépenses que ta fortune ne permet.

REMARQUE
    Des grammairiens ont condamné cette locution : il n'a que de mauvaises paroles en , assurant qu'il faut dire : à la . Le fait est que cette dernière façon de parler est aujourd'hui la plus usitée ; mais l'autre n'est condamnable ni quant à la grammaire (car la préposition en est ici aussi bonne que la préposition à) ni quant à l'usage (car on peut voir que de bons auteurs s'en sont servis).

SYNONYME
    BOUCHE, GUEULE. C'est en parlant des animaux qu'il y a quelque difficulté à distinguer ces deux mots. L'usage veut qu'on dise la d'un cheval, d'un âne, d'un mulet, d'un chameau, d'un boeuf, et en général des animaux que l'on monte ou que l'on attelle ; mais on dira la gueule d'un chien, d'un chat, du moins dans le langage ordinaire ; car le mot pourra être employé toutes les fois qu'on se rapprochera du langage de l'histoire naturelle qui, elle, ne se sert pas du mot gueule : le lion montrait une gueule menaçante ; mais on pourra dire : la du lion est garnie de dents incisives.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XLVIII: Puis se baiserent es buches et es viz [visages]
     ib. CCLVII: [Il] Met à sa buche une claire buisine [trompette]
    XIIème siècle
     Ronc. 278: [Il] Met le [le cor] à sa boche, si sone durement
     ib. VIII: Sa bele et li vair oeil riant
     ib. II: Mais [ils] n'i voient riens qui fasse à desplaire N'en cors, n'en bras, n'en , n'en menton
     Sax. V: La boiche [elle] ot savoureuse, plus vermeille que sans [sang]
     Th. le mart. 77: Sires reis, fait li il, forment ai desiré Qu'une feiz vus eüsse veü et avisé, E que jo buche à buche eüsse à vus parlé
     La charrette, 1556: [Elle ne peut s'empêcher] Que ele ne lui rende arriere, Au moins de , son salut
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Les autres nès [vaisseaux], qui par là n'alerent mie, furent entrées en la de Avie [Abydos] »
     Berte, XV: À force [ils] lui ouvrirent la outre son gré
     Chron. de Rains, p. 2: Mauvaisement lor souvient de l'escritoure, qui dist par la bouce David le roi : fairés jugement et justice en tous tans
     Ren. 11333: Renart vit qu'il ne pot durer Ne por foïr ne por aler ; La boche li vet escumant
     ib. 20532: Moult m'as hui fait grant destorbier Qu'entre ma boce et ma cuillier As hui proie sor moi sesie
     la Rose, 5739: Si m'a mes mestres deffendu, Que ja mot n'isse de ma boiche Qui de ribaudie s'aproiche
BEAUMANOIR: « Et si doivent li clerc jurer qu'ils escriront ce qui lor sera dit des bouques as auditeurs tant solement »
BEAUMANOIR: « Aucune fois avient il que priere n'est pas fete de bouce ; mais on le [la] mande par letres »
RUTEB.: « L'evesques si de li s'aprouche Que parleir i pout à »
     Psautier, f° 177: Ce est cil sires qui s'aparut à Jacob et parla à li boche à boche
MARIE: « Tel en pensé, tel en la buche »
JOINV.: « Le jour fu mis en escript et fu aporté au legat ; que [car] monsieur le me dit de sa »
JOINV.: « Preudomme est si grand chose et si bonne chose que neis [même] au nommer emplist il la »
    XIVème siècle
ORESME: « Il est escript que celui qui sera occis perira par la de deux tesmoings ou de trois »
    XVème siècle
FROISS.: « Puis dit [le comte de Flandre à son valet] : aie bonne ; si tu eschiés [tombes] es mains de mes ennemis et on te demande de moi, garde toi que tu n'en dises rien »
FROISS.: « Nous vous prions que vous fassiez la response au heraut. - Volontiers, dit-il, mais il faut qu'il ait de nostre argent ; si, nous fera courtoisie, et nous portera bonne [parlera favorablement] envers ses seigneurs qui ci l'ont envoyé »
FROISS.: « Et lors ledit roy de France recevra ledit roy d'Angleterre et duc de Guienne au dit hommage lige, à la foy et à la , sauf son droit et l'autrui [forme de l'hommage d'Édouard à Ph. de Valois] »
CH. D'ORL.: « En close n'entre mouche, Hôtel Jacques Coeur dans JAUBERT, Gloss. J'aymasse mieux de vous le dire »
CH. D'ORL.: « Il gardera de mal parler sa »
E. DESCHAMPS: « Soit verité en ta ; Car cilz en qui elle touche Est amis de Dieu prouchain »
     J. de Saintré, p. 126, dans LACURNE: Les deux qui meilleures s avoient pour franchement parler tout ce que ne pourroient celer
COMM.: « L'ay sceu de par ceulx qui les conduysoient »
LOUIS XI: « Elle lui promit que, s'il portoit bonne [gardait le secret], elle lui donneroit.... »
LOUIS XI: « Pour faire bonne [à la fin], la bonne demoiselle d'un maistre prestre s'accointa »
     Proverbe, dans LEROUX DE LINCY: Qui m'aime, ma le scet
     Roman du Jouvencel, f° 58, dans LEROUX DE LINCY: Et le capitaine respondit : Il ne faut pas faire la petite
    XVIème siècle
RAB.: « Une oraison, laquelle garentit la personne de toutes s à feu »
RAB.: « Par la vertu desquelles paroles il luy faisoyt venir l'eaue à la »
RAB.: « Je te reservoys à bonne : je te prye, dy moi ton adviz »
RAB.: « Les trente escutz sont quasi venuz à leur fin ; et si non ay rien despendu en meschanceté, ny pour ma »
MAROT: « Tandis rostir sa perdrix on faisoit.... [le gros prieur] La perdrix vire : au sel de broque en La devora.... »
MONT.: « Ces nations que, si à pleine , nous appelons barbares »
MONT.: « C'est une regle en la de touts les hommes »
LANOUE: « Ordinairement ils ont ce proverbe en la »
LANOUE: « Aucunes, après avoir apris à amadiser de paroles, l'eau leur venoit à la , tant elles desiroyent.... »
LANOUE: « Et tel y a qui tient en sa maison plus de vingt s, et treize ou quatorze chevaux »
LANOUE: « Les maladies s'engendrerent parmi ces grosses troupes : à quoy aiderent beaucoup les excès de la »
YVER: « Comme celles qui, venant au banquet après avoir bien disné, font la petite devant le monde »
LOYSEL: « Les enfans ne doivent coutumierement que et mains [foi et hommage], avec le droit de chambellage, qui est du par tous »
LOYSEL: « En quelques contrées la femme ne doit que la main ; mais la courtoisie françoise doit aussi la »
AMYOT: « Cinglant oultre la de la riviere d'Achelous, il alla courir toute la province d'Acarnanie »
AMYOT: « Il ferma la aux larrons, qui si haultement le louoient »
AMYOT: « Il n'estoit aucunement sujet à sa , il ne beuvoit jamais oultre mesure »
AMYOT: « Ses rencontres et brocards sentoient leur soudard à pleine »
AMYOT: « Le cheval de Cyrus, qui estoit ardent, et avoit fort mauvaise , le porta malgré luy bien loing de ses gens »
AMYOT: « Apelles luy ferma la dextrement en luy disant.... »
D'AUB.: « M. le mareschal leur donne mille livres et à cour, pour se tenir près de sa personne »
D'AUB.: « Monsieur, je me mets à genoux devant vous pour que vous m'en disiez quelque cause, et que je m'en aille en cette bone »
D'AUB.: « Emporté par un cheval fort en »
D'AUB.: « Le Dauphiné, la Provence et le Languedoc ne faisoient plus la petite de la guerre »
D'AUB.: « Sur quoi le gouverneur venant d'un festin s'essuya la de son gouvernement [trouva la ville prise] »
D'AUB.: « Il monta au dessus de l'artillerie ennemie, puis, se jetant à droite, la saisit et tourna la vers le gros »
D'AUB.: « Tambour battant, meche alumée, bale en »
CARLOIX: « Ces espions estans au supplice chargeoient tout hault le mareschal du Biez ; et qu'il leur avoit ainsi fait la [la langue] »
CARLOIX: « Et une aultre charrette chargée de pains de , aussi dedans des tonnes »
CARLOIX: « Vin d'Orleans, de Magdon, de Gascoigne blanc et clairet, et tous les aultres vins de [fins] »
M. DU BELL.: « Nostre armée tourna la teste vers l'ennemy, marchant nostre artillerie la devant »
O. DE SERRES: « Tant ce bestail a bonne , se paissant de tout, mesme du foin, des perches de saule.... »
RONS.: « Mais tout ainsi qu'un beau poulain farouche, Qui n'a masché le frein dedans la »
RONS.: « Dessus un coffre à [à dents, sur le ventre] se coucha »
GÉNIN: « Bouche en cueur »
CHARRON: « Ils parlent bas et à demy »
PASQ.: « Comment ? ay-je laissé quelque mauvaise [bruit] de moy après ma mort ? »
BOUCHET: « Nous trouvons que deux rustiques se rapporterent à un juge s'il falloit dire la d'un cheval ou la gueule, et firent une gageure ; le juge va dire qu'à cause de l'excellence du cheval, il falloit dire la »
     Contes d'Eutrapel, p. 185, dans LACURNE: Il survient bien des inconvenients entre et cuillier
GABR. MEURIER: « Case ou maison de terre, cheval d'herbes, amy de ne vaillent pas une mouche »

ÉTYMOLOGIE
    Picard, bouque ; provenç. et espagn. boca ; ital. bocca ; du latin bucca, que l'on rattache au sanscrit bhuj, manger.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE BOUCHE.

 3   Ajoutez :
    À demi-bouche, en s'exprimant avec réserve.
FR. GARASSE: « Les gens de bien qui voyaient les violences de M. le premier président en conçurent de grandes amertumes, et néanmoins, comme il est tout puissant en toute la Normandie, n'osaient parler de son procédé qu'à demi- »

 14   Bouche de lièvre, merellius cantarellus, champignon.

REMARQUE
    Ajoutez : 2. Molière a dit dans ma pour : moi parlant :
MOL.: « Enfin, ma chère, enfin, l'amour que j'eus pour lui Se voulut expliquer, mais sous le nom d'autrui ; Dans ma , une nuit, cet amant trop aimable Crut rencontrer Lucile à ses voeux favorable On dirait aujourd'hui par ma . »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Cette partie du visage de l'homme par où sort la voix, et par où se reçoivent les aliments. "Ouvrir, fermer la . Le sang lui sortait par le nez et par la . Se rincer la . Avoir du mal dans la . Avoir la saine. Il sent mauvais de la . Il a toujours la pipe à la ."
Il se dit, quelquefois, seulement de La partie extérieure de la . "Avoir la belle, vermeille, incarnate, relevée, agréable, petite. Avoir une grande , une jolie . Tourner la . Baiser à la , sur la . Sa me souriait. Les coins de la ."
"Flux de ," Abondance inaccoutumée de salive.
Fig. et fam., "Il a le flux de , il a un grand flux de , un flux de continuel," C'est un grand parleur, un bavard. Ces phrases vieillissent. On dit plus ordinairement, "Un flux de paroles."
Fam., "Faire la en coeur," Donner à sa une forme mignarde, affectée.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit particulièrement de La considérée comme organe de la voix et de la parole. "On recueillait jusqu'aux moindres paroles qui sortaient de sa . Dieu a parlé par la de ses prophètes. Les plaintes qui s'exhalaient de sa . Je l'ai appris de sa propre . Un mot de votre suffirait pour le décider. Que l'imposture ne souille point votre . Il n'ouvrit pas la de toute la soirée. Il n'ouvre la que pour contredire. Il n'osait ouvrir la devant eux. Sa ne resta pas muette. Rester close. Son coeur n'était point d'accord avec sa . Je laisse à une plus éloquente le soin de rappeler ses grandes actions. Les discours qu'un poëte met dans la de son héros."
"Le pape ouvre la aux cardinaux nouvellement créés," se dit en parlant De la cérémonie que le pape fait pour autoriser les cardinaux à parler dans les consistoires.
Fig., "Fermer la à quelqu'un," Le faire taire d'autorité, ou le réduire à ne savoir que répondre. "Je ne souffrirai point qu'il s'oublie devant moi, et je lui fermerai la . Cette raison, cet argument lui ferma la ." On dit aussi, "Le respect me ferme la ," Le respect m'interdit de répondre, de parler.
"Être, demeurer béante," Être, rester étonné, très-attentif, etc. "Ils l'écoutaient tous la béante, béante."
"Avoir toujours quelque chose à la ," Le répéter, l'employer continuellement. "C'est un mot qu'il a toujours à la . Avoir sans cesse l'injure à la ."
Fig. et fam., "Faire la petite de quelque chose, sur quelque chose," Ne vouloir pas s'expliquer tout à fait sur quelque chose; et absolument, "Faire la petite ," Faire le difficile, le dégoûté, le dédaigneux sur quelque chose. "Ne faire point la petite de quelque chose," S'en expliquer librement et ouvertement.
"Dire quelque chose de à quelqu'un," S'en expliquer de vive voix avec lui.
Elliptiq., "Bouche close." Locution par laquelle on avertit qu'il faut garder le secret sur l'affaire dont il s'agit. On dit de même, figurément et familièrement, "Bouche cousue."
"Aller, passer, etc., de en ," se dit De ce qui devient public, de ce qui court et se transmet d'une personne à une autre par le moyen de la parole. "Cette nouvelle va de en . Son nom volait de en ." On dit à peu près de même: "Cette nouvelle est dans toutes les s. Son nom est dans toutes les s. Etc."
Poétiq., "La déesse aux cent s," La Renommée.
Prov., "C'est saint Jean d'or, un saint Jean d'or," C'est un homme qui dit toujours sa pensée avec franchise et sans ménagement.
Prov. et fam., "Il dit cela de , mais le coeur n'y touche," Il parle contre sa pensée.
Fig., en termes de Féodalité, "Ne devoir à son seigneur que la et les mains," Lui devoir la foi et l'hommage, sans être tenu à aucune redevance.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi de La considérée particulièrement comme destinée à recevoir et à goûter les aliments. "Avoir la pleine. Porter quelque chose à sa . Mettre un morceau de pain, un morceau de viande dans sa . Cela laisse à la un goût fort agréable. Provisions, munitions de ."
Fam., "Traiter quelqu'un à que veux-tu," Lui faire très-bonne chère.
Fam., "Manger de la viande de broc en ," Aussitôt qu'on l'a tirée de la broche.
"Avoir la amère, sèche, mauvaise, pâteuse, etc.," Y éprouver une sensation d'amertume, de sécheresse, etc. On dit de même, "Cela rend la amère, pâteuse, etc."
"Faire bonne ," se dit De ce qui laisse un bon goût à la . "Cette liqueur fait bonne ."
Fam., "Laisser quelqu'un sur la bonne ," Terminer le repas qu'on lui donne par quelque chose d'exquis; et, figurément, Le laisser avec quelque espérance flatteuse, ou avec quelque pensée agréable.
Fig. et fam., "Rester, demeurer sur la bonne ," Cesser de manger ou de boire, après qu'on a bu ou mangé quelque chose qui flatte le goût. Il signifie, dans un emploi plus figuré, S'arrêter après quelque chose d'agréable, dans la crainte d'un changement, d'un retour fâcheux. "Il a gagné mille francs au jeu, et il s'est retiré, afin de rester sur la bonne ."
Fam., "Garder quelque chose pour la bonne ," Réserver pour la fin quelque chose de très-bon, d'agréable. Il se dit au propre et au figuré.
Ironiq., "Il la lui gardait pour la bonne ," se dit De celui qui, après avoir fait plusieurs mauvais tours à quelqu'un, lui en fait un dernier plus sanglant que les autres.
Prov., "L'eau vient à la ; cela fait venir l'eau à la ," se dit D'une chose agréable au goût, et dont l'idée excite l'appétit quand on en parle ou qu'on en entend parler. Cela se dit aussi, figurément, De tout ce qui peut exciter les désirs. "Ce que vous avez dit sur les avantages de cette entreprise, lui a fait venir l'eau à la ."
Fig., "Prendre sur sa ," Épargner sur la dépense de sa nourriture. "Il prend sur sa les charités qu'il fait."
Fig. et fam., "S'ôter les morceaux de la ," Se priver du nécessaire pour secourir ou obliger quelqu'un.
Fig. et pop., "Être sur sa , être sujet à sa ," Être gourmand.
"La dépense de ," La dépense qu'on fait pour la nourriture.
"Avoir à cour," ou "Avoir en cour," Être nourri dans la maison d'un prince: cela ne se dit proprement que Des officiers de la maison du roi ou des princes, lorsqu'ils ont droit de manger à quelqu'une des tables.
"Vin de la ," Vin destiné à être servi sur la table du prince.
"Les officiers de la ," ou absolument, "La ," Les officiers qui apprêtent à manger pour le roi. "Les officiers de la sont partis. La est partie." On dit dans un sens analogue, "Le service de la ." -- Les offices mêmes où l'on apprête à manger pour le roi, s'appellent également "La ."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois Des personnes mêmes, par rapport à la nourriture qu'elles consomment. "Il a tous les jours dix s à nourrir. Les vivres commençant à manquer dans la place, on en fit sortir toutes les s inutiles," Toutes les personnes incapables de la défendre.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit également en parlant Des chevaux, et de quelques autres bêtes de somme et de voiture. "La d'un cheval, d'un mulet, d'un âne. Un cheval qui a la fraîche, la échauffée. Un cheval qui a la bonne, fine, tendre, délicate, la mauvaise, égarée, forte."
"Ce cheval est fort en , il n'a point de ," Il n'obéit point au mors; et, "Il n'a ni , ni éperon," Il est fort en et dur à l'éperon.
Fig. et fam., "N'avoir ni , ni éperon," Être stupide et insensible, ne s'émouvoir de rien. "Cet homme est fort en ," Il parle avec beaucoup de véhémence et de hardiesse. Cette dernière façon de parler est peu usitée.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi en parlant De certains poissons, des grenouilles, etc. "Bouche de saumon, de carpe. La d'une grenouille."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit, par extension et par analogie, de Plusieurs sortes d'ouvertures. "La d'un four, d'un tuyau, d'un puits, d'un volcan, etc. La d'un canon, d'un mortier." Les artilleurs disent plus ordinairement, "L'embouchure d'un canon, d'un mortier, etc."
"Bouche de chaleur," Ouverture pratiquée sur les côtés d'une cheminée ou d'un poêle, au moyen de laquelle la chaleur se communique dans l'appartement.
"Exposer une troupe à la du canon," La conduire, la placer fort près de l'artillerie de l'ennemi.
"Bouche à feu," est le terme générique par lequel on désigne Les canons, mortiers, obusiers, pierriers, etc. "Il y avait tant de s à feu."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore, surtout au pluriel, Des embouchures par où de grands fleuves se déchargent dans la mer. "Les s du Nil. Les s du Danube. Les s du Gange. Les s du Cattaro. Le département des Bouches-du-Rhône."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. féminin 

["Bou-che", 2e "e" muet.] 1°. Cette partie du visage de l'homme par où sort la voix, et par où se reçoivent les alimens. Grande "bouche", petite "bouche;" ouvrir "la ", fermer "la ", etc.
- 2°. Il se dit par raport à l'organe du goût. Cet aliment rend la "bouche" amère, pâteuse, mauvaise, sèche, etc.
- 3°. Il se dit des "persones" mêmes, par raport à la nourritûre. 'Il a "vingt s" à nourrir. 'On a fait sortir de cette place, menacée d'un siège, toutes "les s" inutiles.
- 4°. Il se dit des chevaux et de quelques aûtres bêtes de somme ou de voitûre. Cheval qui a "la " bone, fine, tendre, délicate; mauvaise, forte, égarée; qui est "fort en ", qui n'a "point de ", etc. = 5°. Pièce d'artillerie, "bouches à feu", canons et mortiers; "la du canon", l'ouvertûre par où sort le boulet.
- 6°. "Bouches", embouchûre des fleuves. "Les s du" Danube, "du" Nil, "du" Gange.
   Ce mot entre dans plusieurs expressions du style familier. Fermer "la à" quelqu'un; lui imposer silence, le convaincre de manière qu'il ne puisse répliquer.
- "Bouche cousûe", ou " clôse"! N'en parlez pas. '"Chut": " clôse", voilà Mde. Durocher. "Th. d'Educ." "Ne pouvoir faire ouvrir la à" quelqu'un, ne pouvoir le faire parler
- "Avoir à cour", c'est être nourri chez un Prince, et par extension, chez un particulier.
- "Prendre sur sa ", vivre avec épargne.
- "Faire venir l'eau à la ", exciter dans les aûtres l'envie de quelque chôse en la louant, ou simplement en la racontant. 'Pour la description du dîné... "l'eau en est venûë à la de" M. de... "du" Chev. et "de" nous aussi. "Sév." Il me semble qu'il faut dire, "en est venuë à la à", et non pas "de", etc.
- "Traiter" quelqu'un que veux-tu"; le régaler splendidement.
- "Faire la petite ", se dit, au "propre", de ceux qui serrent les lèvres, pour paraître avoir une petite . Il a soin de rire, pour montrer ses dents: "Il fait la petite ". La Bruy. Au "figuré", c'est ne pas parler d'une chôse, ou en faire le dégoûté, quoiqu'on en ait grande envie.
- "Laisser sur la bone "; se taire après un trait intéressant. * "Leibnitz" change cette expression, en l'employant d'une manière qui est contre l'usage. 'En nous donant des remarques sur les traités que contiènent ces deux volumes, il "finira" aparemment "par la bone ". Ce n'est pas par la bone que l'on finit, mais par ce qui laisse sur la bone .
   * "À~ pleine ", est une expression suranée. "Bossuet" l'employait volontiers. '"Jurieu" reconoît "à pleine " que, etc. "Boss." 'Cette lettre sur l'incrédulité "sent à pleine " quelqu'un des bons Auteurs, qui ont écrit sur la Religion.
   * Un Auteur moderne a dit, que la Chananée pour "prendre" J. C. "par sa propre ", lui représenta que les chiens mangeoient, au moins, les miettes qui tomboient de la table de leurs maîtres.
- On ne "prend" point une persone "par sa ", mais "par ses paroles". Wailly.
   Par allusion aux chevaux, on dit d'un homme, qu'il est "fort en " (ou "en gueule") pour dire, qu'il parle avec beaucoup de véhémence et de hardiesse; qu'il "n'a ni , ni éperon"; qu'il n'a ni parole; ni esprit; qu'il est stupide, insensible, et ne s'émeut de rien.
   DE BOUCHE, adv. De vive voix. Il vaut mieux consulter "de " que par écrit. "D'Abl." Tacite.




Emplacement dans le dictionnaire :

boucan
boucanage
boucaner
boucanier
boucanière
boucaut
bouchage
boucharde
bouchari

bouché
bouche-nez
bouche-trou
bouchée
boucher
bouchère
boucherie
bouches
bouchet
boucheton
bouchette




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...telle la fine pointe du jour, et ses yeux étaient cieux marins ; claire était la face de la dame et de parfums ointe. Claire était la face de la dame, et plus que purpurins fruits, fraîche était la bouche jointe de la dame. Et pour ses crins recercelés, ne fussent les entraves d'ivoire, eussent encourtiné ses reins. C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus belle dame de la cité. Cieux...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...le nom qu'elle tient de sa marraine nom qui m'êtes courtois échanson de loyal heur, en ma chanson, las, faudra-t-il toujours vous taire ! ô doux nom si gracieux, qui faites pleurer mes yeux quand ma bouche vous profère. PÈL. PAS., ÉTREN. DOULCE, II Je suis le guerrier qui taille à grands coups d'épée dans la bataille ; son oeil est clair et son bras prompt à férir. Hélas ! Il va mourir ; car sous la...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...sous l'aquilon. Boucliers aux tendres devises, écus de pleine loyauté, je vous donnai mes fiers yeux contre votre propre vulgarité. Coupe de mélodie et baume, afin de vous extasier je vous donnai ma bouche vive, telles les roses au rosier. Dames d'atour et chambrières attentives à votre arroi, je vous donnai mes mains plus nobles que la couronne au front d'un roi. Et je vous donnai-ho ! Prodigue- et...


Citation n°4 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...MON MAL... Mon mal j'enchante toi, mauvais oeil, ou stellaire malignité, toujours de travers sonnée heure, ou qui que tu sois, être vilain, çà, tu me veux encore malfaire. Ne viens-tu pas, avec ta bouche d'autrefois, bruire et siffler ton antienne ? Ne vas-tu pas, à l'allégresse de mes doigts mêler ton geste, afin que je me ressouvienne ! Depuis les jours, depuis ces jours on m'a tenu plus sûrement...


Citation n°5 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...de miel nouveau, pendant des mois, et bien que l'on prétende que sa saveur trouble les sens, je n'eusse été, certes, tant dépourvu de sagesse que pour avoir, de ma lèvre, ah si peu ! Effleuré ta bouche, semblable au feu. Bouche plus suave que le miel au creux des ruches amassé, bouche plus vive que les hauts pavots parmi la prée, accole, ô sa bouche, rebaise la bouche mienne, que tout forcené je...


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